OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Recycler ou réutiliser les e-déchets ? http://owni.fr/2010/09/14/recycler-ou-reutiliser-les-e-dechets/ http://owni.fr/2010/09/14/recycler-ou-reutiliser-les-e-dechets/#comments Tue, 14 Sep 2010 12:39:44 +0000 Elena Ignatova (trad. F. Der Hagopian) http://owni.fr/?p=28073

Ce billet a été originellement publié sur Global Voices, écrit par Elena Ignatova et traduit par Fabienne Der Hagopian.

__

De nos jours, nombre de foyers et d’entreprises produisent constamment d’énormes quantités d’e-déchets (composants électroniques)  qui constituent des risques environnementaux et sanitaires puisque ces déchets contiennent des matériaux toxiques. Selon StEP (Solving the e-Waste Problem [Résoudre le problème des e-déchets]) :

E-déchets est un terme utilisé pour décrire presque tous les types d’équipements électriques ou électroniques qui font partie ou pourraient faire partie du cycle des déchets.  Bien que e-déchet soit un terme générique, on l’entend comme comprenant télévisions, ordinateurs, téléphones portables, produits blancs (réfrigérateurs, machines à laver, séchoirs), systèmes vidéo et stéréo, jouets, machines à griller, bouilloires – quasiment tous les articles contenants des circuits ou des composants électriques utilisant de l’électricité ou des piles.

Des indiens récupèrent certaines parties de vieux condensateurs à l'aide d'une machette

L’innovation rapide dans la fabrication des produits, et donc leur remplacement, spécialement dans le champ des technologies de l’information et de la communication (TIC) et des équipements de bureau, combinée avec la baisse des prix de nombreux objets électriques, ne fait qu’accentuer le problème des e-déchets. La gestion des e-déchets peut être divisée entre réutilisation et recyclage des vieux équipements. Tony Roberts souligne l’énormité du problème sur son blog, Laptop Burns. Il écrit:

[…] Nous sommes en train de créer une bombe à retardement de plus de 20 milliards d’e-déchets qui demande notre attention immédiate.  L’ONU estime qu’en 2009 il y avait 4,6 milliards de téléphones portables utilisés dans le monde.  Selon les indicateurs de développement mondiaux de la Banque Mondiale, 2,6 milliards de radios étaient utilisés en 2005  et 2 milliards de télés.  Les recherches de [l'institut de recherches] Gartner montrent qu’il y a aujourd’hui plus d’un milliard d’ordinateurs utilisés dans le monde.  Ces chiffres augmentent rapidement : nous produisons et consommons plus d’un milliard de nouveaux téléphones portables chaque année.  La taille de ce problème est sans précédent. […] Heureusement, la solution au problème des e-déchets est claire.  Nous devons réduire l’empreinte carbone des mines et des usines et réduire l’utilisation de composants toxiques dans la fabrication des EEE (Équipements Électroniques et Électriques).  Nous devons parvenir à un accord international pour la réutilisation des EEE en état de fonctionnement, et recycler nos propres EEE ainsi que pénaliser les décharges sauvages et l’exportation d’e-déchets.  Et nous devons appliquer le principe pollueur – payeur [en français].

Haley Bowcock parle de la réutilisation de vieux équipements comme alternative au recyclage :

[…] Il y a un marché potentiel énorme pour la réutilisation des composants des objets de communications et des nouvelles technologies puisqu’ils sont souvent remplacés bien avant la fin de leur cycle de vie en raison de l’innovation rapide et de l’appétit des consommateurs pour les derniers modèles.  Malgré cela, les produits qui ne sont plus en demande terminent souvent dans des décharges ou entrent dans la chaine du recyclage.  Bien qu’il y ait des bénéfices pour l’environnement et la santé à recycler les produits électroniques en fin de vie selon les règles, ces bénéfices sont moins nets pour les produits des TIC qui n’ont pas atteint la fin de leur cycle de vie.  En fait, les recherches informelles montrent que réutiliser un ordinateur est jusqu’à 20 fois plus économe en énergie que de le recycler.  Donc, la réutilisation devrait être encouragée et maximisée dans les cas où il est prouvé qu’elle est la méthode la plus efficace de gestion des déchets, comme pour les produits TIC entre autres.  Heureusement, des évolutions récentes suggèrent que la réutilisation commence à être reconnue comme elle le mérite. […]

Elle donne aussi un lien vers un rapport de Computer Aid International, Why Reuse is Better Than Recycling,  [Pourquoi il vaut mieux réutiliser que recycler] , qui dresse une liste de conclusions et de recommandations :

Conclusions :

  • La productions de biens TIC consomme beaucoup d’énergie et de matériaux,  et ces biens contiennent des substances qui sont dangereuses, ou chères, ou les deux, et ils ne devraient donc pas finir dans les décharges
  • Le taux important de remplacement des produits et la concentration de l’utilisation d’énergie dans leur phase de fabrication plutôt que dans leur phase d’utilisation (80 et 20 pour cent respectivement) signifie que toute activité qui prolonge leur vie – comme la réutilisation – devrait avoir la priorité.
  • La réutilisation des ordinateurs est jusqu’à 20 fois plus économe en consommation d’énergie que leur recyclage.  La réutilisation coûte aussi moins cher que le recyclage.  Par conséquent, la hiérarchie de la gestion des déchets, qui place la réutilisation devant le recyclage, s’applique aux e-déchets comme aux autres
  • Puisque les produits TIC sont souvent remplacés avant la fin de leur cycle de vie, leur réutilisation apporte des bénéfices additionnels, comme de permettre leur utilisation par des gens qui ne pourraient pas se procurer des produits neufs
  • Les meilleures performances de la réutilisation ont été reconnue dans la législation européenne.  La directive Waste Electrical and Electronic Equipment (WEEE) [Déchets des équipements électriques et électroniques] contient des articles qui donnent la priorité à la réutilisation, même si le manque d’objectifs précis fait que le recyclage est bien souvent dominant dans la pratique.  L’Europe et le reste du monde doivent aller plus loin pour permettre à la réutilisation d’apporter tous ses avantages

Recommandations : Pour tirer avantage de la réutilisation, les acteurs impliqués dans la gestion de la fin de cycle de vie doivent faire attention aux points suivants :

  • Les producteurs doivent réduire les déchets et la pollution environnementale en incluant la réutilisation dans le cahier des charges de la création de leurs produits. Ces produits auraient ainsi de futures utilisations bien identifiées et pourraient facilement être démontés pour réparation et recyclage. Trop de produits sont créés pour devenir obsolètes. Les guides d’utilisation devraient promouvoir la réutilisation plutôt que le recyclage.
  • Les consommateurs doivent optimiser l’utilisation des produits en retardant le remplacement jusqu’à ce que le produit ait atteint la fin de son cycle productif.  Les consommateurs peuvent donner la priorité à la réutilisation en donnant leurs équipements en état de marche et en ne recyclant que les objets ayant atteint la fin de leur cycle de vie.
  • Le gouvernement doit mettre en place des objectifs et des normes pour la réutilisation et évaluer leur mise en œuvre.  L’éducation du public sur la hiérarchie de la gestion efficace des déchets et l’importance pour l’environnement de la réutilisation fait partie de la solution, tout comme imposer le tri des objets réutilisables dans les déchetteries.

Dans le billet intitulé Where Do I Recycle My Old Electronics?, [Où est-ce que je recycle mes vieux objets électroniques ?] sur le blog Sustainable Electronics Initiative blog [Initiatives pour la durabilité des produits électroniques], Aida Sefic Williams a publié un lien vers les Electronic Take-Back and Donation Programs [programmes de restitution et de dons] et donne aussi des conseils à ceux qui veulent donner leurs téléphones portables et ordinateurs pour effacer toutes leurs données personnelles.  Et vous, que faites-vous de vos vieux équipements ?

Article initialement publié sur Global Voices

Illustrations CC FlickR : Jason Schlachet, DanForys et Greenpeace India

]]>
http://owni.fr/2010/09/14/recycler-ou-reutiliser-les-e-dechets/feed/ 14
Entre réel et virtuel, les limites de la vie… à l’école http://owni.fr/2010/08/18/entre-reel-et-virtuel-les-limites-de-la-vie%e2%80%a6-a-l%e2%80%99ecole/ http://owni.fr/2010/08/18/entre-reel-et-virtuel-les-limites-de-la-vie%e2%80%a6-a-l%e2%80%99ecole/#comments Wed, 18 Aug 2010 13:25:46 +0000 Bruno Devauchelle http://owni.fr/?p=25009

Le développement actuel des univers virtuels interactifs est le prolongement de travaux de recherche menés dès l’apparition de l’ordinateur autour d’un mythe célèbre : « l’ordinateur c’est l’homme ». Ce mythe apparu aussi bien avec Türing qu’avec la cybernétique ou encore les théories de l’apprentissage de Skinner (enseignement programmé). C’est donc dire qu’il est ancré dans l’esprit humain à l’égal des grands mythes qui traversent l’humanité et déclinés de manière proche au travers des cultures. Si l’ordinateur c’est l’homme, alors l’homme est-il une machine ? Cette question en forme de syllogisme potentiel mérite pourtant d’être regardée de plus près.

Quand on dit que l’ordinateur c’est l’homme, on peut considérer, comme Michel Serres, qu’il s’agit d’une externalisation prolongeante des fonctions humaines. Ainsi par sa capacité à suppléer à des fonctions humaines faibles (la mémoire précise par exemple) il permet, il oblige presque l’homme à développer ses capacités « fortes ». En d’autres termes, en libérant le cerveau des tâches répétitives ou consommatrices d’énergie mentale, il suppose qu’il est alors possible de développer les capacités du cerveau qui vont vers le « plus de complexité ». L’histoire des techniques pourrait d’ailleurs nous en donner un bon exemple, comme le propose Jacques Ellul. Passant de compliquer à complexes les progrès techniques ont intégré cette évolution à un point tel qu’aujourd’hui il est quasiment impossible d’accéder aux éléments simples de la technique.

Développement de l’usage des smartphones

Le cerveau humain, complexe en lui même aurait commencé à projeter cette complexité dans les techniques (et pas seulement les machines) qu’il développe. Avec l’ordinateur et les travaux sur la réalité virtuelle, sous toutes ses formes, il semble bien que nous voyons apparaître ces liens de continuité.
Illustrons ce propos à l’aide d’un exemple visible : le développement des usages des smartphones permet d’observer comment la complexité du fonctionnement mental se trouve mis en scène dans les multiples formes de la vie quotidienne, personnelle et collective. Regardons des usagers en activité au long d’une journée, d’une semaine voire davantage et nous pouvons nous apercevoir que l’objet lui même s’est installé dans le prolongement direct de l’activité mentale, qu’elle soit sociale, professionnelle ou affective…

Cette évolution qui a débuté il y a une dizaine d’année devient de plus en plus signifiante car elle se généralise et s’intègre comme un « étant là » dans l’ensemble de la population. En devenant inconscient, c’est-à-dire plus mis à distance intellectuellement, cette évolution illustre bien le lien entre réel et virtuel. L’homme en externalisant certaines de ses fonctions humaines serait obligé de se « machiniser », en d’autres termes d’utiliser de plus en plus de prothèses pour faire face à la complexité.

L’élève, ou un exemple de la complexité humaine

L’émergence des mondes virtuels, et Second life l’a montré, a fait rêver beaucoup de monde. Le développement d’autres espaces proches, réseaux sociaux, jeux en réseaux etc… continue de faire rêver (imaginaire) dans le même sens : passage de  l’ordinateur prolongeant l’homme à l’homme machine. Les zélateurs de ces espaces n’en sont pas toujours conscients mais ils portent tous ce vieux rêve rationaliste. Car c’est de cet ordre des choses qu’il s’agit. La complexité humaine, présente chaque jour devant l’enseignant, autrement dit par ses irréductibles élèves », présente chaque jour devant le dirigeant politique ou d’entreprise par ses irréductibles employés, est insupportable dans un monde rationnel. Il n’est pas possible, acceptable de dire : je ne comprends pas et je l’accepte.

En développant les univers virtuels et en les fusionnant de plus en plus avec le réel (de la simulation à la réalité augmentée), nous allons nous retrouver avec un problème éducatif nouveau : situer la part de l’humain dans notre environnement ! Le risque de la continuité humain-machine c’est la fusion (illusoire certes sur un plan technique, mais bien réelle sur un plan cognitif et imaginaire). Le monde scolaire a longtemps résisté à la technique dès lors que celle-ci effaçait l’humain dans l’acte d’enseignement. La richesse et la variété des fonctionnalités des nouvelles techniques qui sont mises à disposition sont en train de modifier complètement la donne. L’espace classe est en train lentement d’éclater comme espace-temps d’apprentissage.

Certes le TBI (tableau blanc interactif, ndlr) donne encore du fil à retordre car il est bien centralisateur (de par sa forme même : un écran pour plusieurs). Mais le portable (ordinateur ou smartphone) dans la classe relié au reste du monde va inévitablement questionner la forme scolaire. Cela prend du temps, les résistances sont fortes, mais la multiplication actuel des initiatives (ajoutons-y l’ENT -espace numérique de travail, ndlr) vont inévitablement, du moins dans la lecture que l’on peut faire des forces en présence, nous amener à nous poser la question. Comme de plus ces techniques permettent de plus en plus le lien individuel « homme machine » elles posent aussi au système scolaire la question de sa forme collective.

Technicisation de l’enseignement

L’élève est-il une machine ? Va-t-il le devenir dans nos classes ? L’expérience des Landes (rappelons nous l’enquête de l’an passé après huit années de pratique) nous montre que les choses vont lentement, que la technicisation de l’enseignement est un phénomène lent. Mais là deux questions se posent : inexorabilité de l’évolution ? Sens de cette évolution ?
L’inexorabilité de l’introduction du progrès technique dans l’école dépend surtout de ce qu’il en est fait dans l’ensemble de la société. Le système scolaire est fortement confronté à la demande de la société au service de laquelle il a été créé. Cependant sa « résistance » à cette perméabilité à la technique est un renversement assez récent dans notre société (début des années 60). En passant des dictats de Jules Ferry à l’esprit de Condorcet, le monde enseignant se sentant menacé au sein d’une société qui met son autorité en cause (fin des années 60), a engagé des actions qui l’ont progressivement mis en marge de la « vraie vie » comme le disent souvent certains jeunes. Si la légitimité du monde scolaire a fait l’unanimité jusqu’au milieu des années 1980 – 2000, elle est mise à mal par un phénomène complexe qui associe les difficultés sociales, les évolutions techniques et la globalisation. Les tensions internes au système scolaire en sont un bon témoignage mais n’apportent pas de vision d’avenir et révèlent plutôt une déstabilisation : l’école ne serait plus maître de son destin (si tant est qu’elle l’ait jamais été !)

L’école, le lieu central du débat

Le sens de ces évolutions est dont lié aussi à l’évolution des choix faits dans la société. Autrement dit l’École est le lieu central du débat qu’il faut engager d’urgence. Au moment ou le virtuel et le réel sont proches dans les discours (cf. les nouveaux programmes des sections technologiques du lycées qui invitent de plus en plus à utiliser la simulation comme base de l’enseignement) sur l’école, au moment où les finances de l’État font hésiter sur le chemin à prendre (cf. la suite du rapport Fourgous….), il va être nécessaire d’engager un débat de fond sur l’idée même d’éducation dans un monde dans lequel réel et virtuel sont dans une continuité de plus en plus forte. Plutôt que de « regarder » le spectacle de l’insertion de la technique (TIC dans notre cas) dans le quotidien, il est (peut-être) encore temps de penser leur place non pas dans l’école, mais dans l’ensemble de nos sociétés. L’évidence à laquelle nous sommes confrontés dans les faits que nous observons peut faire croire à l’inexorabilité, mais la réalité est qu’il faut redonner au sens de ces évolutions leur poids dans les choix à venir.

Le pessimiste pourra opter pour la première hypothèse et tenter de freiner, l’optimiste pourra opter pour la deuxième en pensant qu’il peut créer du sens. Dans tous les cas, si le monde scolaire ne joue pas son rôle de questionneur, il risque de se retrouver marginaliser. Or mettre en route ce rôle de questionneur c’est inviter chacun à se mettre en réflexion sur ces évolutions, à accepter la confrontation, la discussion, la co-construction. Il est à craindre que le dépérissement récent de l’esprit démocratique dans nos sociétés occidentales ne soit le signe que ce débat est mort né… pris dans le flot tumultueux des mots vides de sens qui circulent si souvent dans notre monde d’information et de communication

À débattre.

Billet initialement publié sur le blog de Bruno Devauchelle

Image CC Flickr kairin

]]>
http://owni.fr/2010/08/18/entre-reel-et-virtuel-les-limites-de-la-vie%e2%80%a6-a-l%e2%80%99ecole/feed/ 2
Petite histoire de la naissance du binaire http://owni.fr/2010/07/03/petite-histoire-de-la-naissance-du-binaire/ http://owni.fr/2010/07/03/petite-histoire-de-la-naissance-du-binaire/#comments Sat, 03 Jul 2010 13:49:53 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=21069 John Atanasoff, penché sur son bureau, ses mains plongées dans ses cheveux noirs coupés en brosse, fixait sans les voir des feuilles couvertes de calculs. Comme si quelqu’un venait de l’appeler, il se redressa, regarda autour de lui, puis se leva.

Décembre 1937, Université de l’Iowa

Dehors, un faible soleil éclairait le campus de l’Iowa State University. On était en décembre 1937, Roosevelt venait de déclarer la civilisation en danger et avait annoncé que les États-Unis cesseraient tout échange économique et diplomatique avec les pays qui bafoueraient la paix.

John secoua la tête. Il avait 34 ans et tout cela le fatiguait. Depuis qu’il était physicien, il passait le plus clair de son temps à calculer. C’était exaspérant. Certaines équations lui demandaient une journée de travail. Il lui fallait en résoudre des dizaines et les calculateurs mécaniques qu’il utilisait ne l’aidaient pas beaucoup.

Il arracha sa cravate, dénoua sa chemise, saisit sa veste, sortit de son bureau, quitta l’immeuble baroque de l’université et grimpa dans sa voiture. Sans laisser le moteur chauffer, il accéléra et s’échappa de la petite ville d’Ames. À plus 140 km/heures, il fonça vers Des Moines.

Il ralentit devant plusieurs bars. Il était tout juste midi. Il accéléra à nouveau et s’éloigna de la capitale de l’État. Il s’engagea sur l’Interstate en direction de l’Illinois. À fond de train, il roula pendant près de trois heures jusqu’à Rock Island et s’arrêta dans un bar au bord du Mississipi.

“1 et 0, le binaire, c’est la solution”

Après trois Scotch , il sentit mieux, il sourit, une pensée fulgurante le traversa : « 1 et 0, le binaire, c’est la solution. »

Sur la nappe devant lui, il lista les grandes caractéristiques des tous les ordinateurs numériques que nous avons depuis construits. Ils seront électroniques et non plus mécaniques. Ils travailleront avec des 0 et des 1 représentés par des interrupteurs on ou off. Ils disposeront d’une mémoire. Ils effectueront des opérations logiques.

Depuis des années, John cherchait à automatiser les calculs et il venait de découvrir une nouvelle approche révolutionnaire. Sa mère mathématicienne lui avait appris le calcul binaire alors qu’il était enfant et cet enseignement portait ses fruits vingt ans plus tard.

Rentré à l’université de l’Iowa, John construisit avec son assistant Clifford Berry, le premier ordinateur numérique de l’histoire. Comme pendant des années John avait été un calculateur humain, un computer comme on disait alors en anglais, il appela computer sa machine, heureux qu’elle puisse le dispenser de la tâche qui pour lui était devenu insupportable.

Un calcul toute les 15 secondes pour plus de 300 kilos

À la fin de 1939, l’ABC (Atanasoff Berry Computer) entra en service. Capable d’une opération toute les 15 secondes, il pesait plus de 300 kilos. C’était un petit pas pour John, enfin libéré d’un pénible labeur, mais un immense pas pour l’humanité. De 300 kilos, les ordinateurs allaient bientôt se miniaturiser et devenir omniprésents. Nous allions peu à peu changer de façon de travailler, de communiquer, de jouer, de penser le monde et même de faire de la politique, c’est-à-dire de mener nos vies.

__

Billet originellement publié sur le blog de Thierry Crouzet sous le titre “L’arrivée des 0 et des 1“.

Crédits Photo CC Flickr : Indiaromeo.

]]>
http://owni.fr/2010/07/03/petite-histoire-de-la-naissance-du-binaire/feed/ 72
Petite histoire de la naissance du binaire http://owni.fr/2010/07/03/petite-histoire-de-la-naissance-du-binaire-2/ http://owni.fr/2010/07/03/petite-histoire-de-la-naissance-du-binaire-2/#comments Sat, 03 Jul 2010 13:49:53 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=21069 John Atanasoff, penché sur son bureau, ses mains plongées dans ses cheveux noirs coupés en brosse, fixait sans les voir des feuilles couvertes de calculs. Comme si quelqu’un venait de l’appeler, il se redressa, regarda autour de lui, puis se leva.

Décembre 1937, Université de l’Iowa

Dehors, un faible soleil éclairait le campus de l’Iowa State University. On était en décembre 1937, Roosevelt venait de déclarer la civilisation en danger et avait annoncé que les États-Unis cesseraient tout échange économique et diplomatique avec les pays qui bafoueraient la paix.

John secoua la tête. Il avait 34 ans et tout cela le fatiguait. Depuis qu’il était physicien, il passait le plus clair de son temps à calculer. C’était exaspérant. Certaines équations lui demandaient une journée de travail. Il lui fallait en résoudre des dizaines et les calculateurs mécaniques qu’il utilisait ne l’aidaient pas beaucoup.

Il arracha sa cravate, dénoua sa chemise, saisit sa veste, sortit de son bureau, quitta l’immeuble baroque de l’université et grimpa dans sa voiture. Sans laisser le moteur chauffer, il accéléra et s’échappa de la petite ville d’Ames. À plus 140 km/heures, il fonça vers Des Moines.

Il ralentit devant plusieurs bars. Il était tout juste midi. Il accéléra à nouveau et s’éloigna de la capitale de l’État. Il s’engagea sur l’Interstate en direction de l’Illinois. À fond de train, il roula pendant près de trois heures jusqu’à Rock Island et s’arrêta dans un bar au bord du Mississipi.

“1 et 0, le binaire, c’est la solution”

Après trois Scotch , il sentit mieux, il sourit, une pensée fulgurante le traversa : « 1 et 0, le binaire, c’est la solution. »

Sur la nappe devant lui, il lista les grandes caractéristiques des tous les ordinateurs numériques que nous avons depuis construits. Ils seront électroniques et non plus mécaniques. Ils travailleront avec des 0 et des 1 représentés par des interrupteurs on ou off. Ils disposeront d’une mémoire. Ils effectueront des opérations logiques.

Depuis des années, John cherchait à automatiser les calculs et il venait de découvrir une nouvelle approche révolutionnaire. Sa mère mathématicienne lui avait appris le calcul binaire alors qu’il était enfant et cet enseignement portait ses fruits vingt ans plus tard.

Rentré à l’université de l’Iowa, John construisit avec son assistant Clifford Berry, le premier ordinateur numérique de l’histoire. Comme pendant des années John avait été un calculateur humain, un computer comme on disait alors en anglais, il appela computer sa machine, heureux qu’elle puisse le dispenser de la tâche qui pour lui était devenu insupportable.

Un calcul toute les 15 secondes pour plus de 300 kilos

À la fin de 1939, l’ABC (Atanasoff Berry Computer) entra en service. Capable d’une opération toute les 15 secondes, il pesait plus de 300 kilos. C’était un petit pas pour John, enfin libéré d’un pénible labeur, mais un immense pas pour l’humanité. De 300 kilos, les ordinateurs allaient bientôt se miniaturiser et devenir omniprésents. Nous allions peu à peu changer de façon de travailler, de communiquer, de jouer, de penser le monde et même de faire de la politique, c’est-à-dire de mener nos vies.

__

Billet originellement publié sur le blog de Thierry Crouzet sous le titre “L’arrivée des 0 et des 1“.

Crédits Photo CC Flickr : Indiaromeo.

]]>
http://owni.fr/2010/07/03/petite-histoire-de-la-naissance-du-binaire-2/feed/ 38
IPad: premières impressions d’un “early adopter” http://owni.fr/2010/04/08/ipad-premieres-impressions-dun-early-adopter/ http://owni.fr/2010/04/08/ipad-premieres-impressions-dun-early-adopter/#comments Thu, 08 Apr 2010 14:48:28 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=11856

Applications, et en particulier celles de la presse, prix, équipement, usages…, quels sont les avantages et les inconvénients de la tablette d’Apple ?

Comme certains d’entre vous ont pu le voir sur Twitter, ou sur certaines chaînes de TV (je n’ai pas trouvé les liens vers BFM-TV, si vous avez…, merci RichardTrois pour le lien) et de radio, j’ai eu la chance de pouvoir me rendre à New York le jour du lancement du iPad, avec l’ami Geoffrey La Rocca de RMC.

Je ne vais pas m’étendre sur le déroulé des événements. De nombreux compte-rendus ont déjà été faits. Je retiens simplement l’étonnante capacité qu’ont les Américains de faire du lancement d’un produit un moment de fête.  Mais surtout le professionnalisme d’Apple. Il y avait certes moins de monde que prévu, mais l’excellente organisation a permis d’éviter les bousculades et l’attente (moins de 20 mn pour être servi après l’ouverture des portes). On aime ou on n’aime pas, mais j’ai pris une belle leçon de marketing.

Cliquez ici pour visionner le diaporama
1) Sauveur de la presse écrite ?

Premier constat, après de nombreuses heures de prise en main : l’iPad ne va pas sauver la presse écrite.

L’idée que la sortie d’un e-book allait brutalement changer les usages, c’est-à-dire faire oublier aux lecteurs quinze ans de navigation libre sur le web pour revenir au format traditionnel du magazine dans le même environnement fermé que jadis, était évidemment naïve.

Elle parait encore plus saugrenue une fois que l’on a eu la tablette en main.

Certes, les premières applications presse que j’ai pu tester pourraient être améliorées.
Je passe rapidement sur celle du Monde, simple pdf porté sur e-paper, ridicule et inutile. Celle de Paris Match est dans le même esprit : on reproduit le magazine, à l’identique, sur iPad. Time Magazine fait pire : chaque e-magazine est venu plus de 4 dollars !

La plus réussie jusqu’ici, est l’application du Wall Street Journal. Les éditions du jour sont payantes, mais on peut consulter gratuitement une édition “live”. L’expérience est plutôt agréable. L’appli reprend l’architecture d’un journal traditionnel, ce qui se marie plutôt bien avec le format de la tablette, et remplace généreusement les photos par des vidéos. Ce qui donne la drôle d’impression de se retrouver devant le Daily Prophet, le fameux journal papier de Harry Potter, dont les photos sont animées.

Seul hic : la navigation web avec Safari est très agréable et n’a rien à voir avec celle sur iPhone. Ce qui réduit l’intérêt de l’application. Pour l’instant, il est presque plus intéressant d’aller sur le site du NY Times

… que sur son application iPad.

Pour nous ramener vers leurs applications, les médias devront donc sérieusement travailler leurs interfaces, afin d’offrir une expérience utilisateur vraiment compétitive.
Sans doute devront-ils envisager les applications comme des hors-séries, des packaging “jetables”, plutôt que comme des médias tout en un. Et faire appel à des game designer (les professionnels du jeu vidéo).

À ce titre, l’application d’AP, présentée comme un album photo/vidéo, est déjà beaucoup plus ambitieuse (même si je la trouve assez ratée, par ailleurs).

2) L’avenir des appli média est là :

Parmi la première livraison, les applications média les plus intéressantes étaient les agrégateurs.

- Newsrack, par exemple, se branche sur votre compte Google Reader pour télécharger tous vos flux RSS. L’interface, sans être révolutionnaire, est claire et agréable, avec des outils de partage et la possibilité de “sortir” pour aller sur Internet.

Je peux y lire mes blogs favoris, mais aussi les sections du NY Times et du Monde qui m’intéressent.
C’est devenu la première application que j’ouvre sur mon iPad.

- StumbleUpon : il s’agit de l’application du service du même nom, que vous connaissez peut-être déjà sur Internet. Ce méta-média s’appuie sur ce que partagent les utilisateurs pour proposer une sélection de news, de photos, de vidéos et de billets de blog.

- Early Edition : présente vos flux RSS sous la forme d’un journal dont on tourne les pages.

On le voit bien, si l’ergonomie de l’écran nous ramène au format magazine, cela ne veut pas dire que les médias papier sont avantagés. Rien n’empêche de présenter une sélection de contenus venus de plusieurs médias en ligne et de les présenter dans une interface ergonomique à la manière d’un journal ou d’un livre.

L’iPad est finalement plus une nouvelle façon d’aborder les contenus qu’un e-book au sens où on le comprenait jusqu’ici.

3) Mais à quoi va servir l’iPad ?

L’expérience utilisateur de l’iPad est vraiment incroyable. Les actions sur l’écran tactile sont fluides, agréables, l’expérience est à la fois sensuelle et intellectuelle.
Alors, oui, on peut le voir comme un objet hybride, difficile à situer entre notre smartphone et notre ordinateur portable. On peut le voir comme une gadget de trop.
Mais on peut aussi le voir comme une nouvelle façon d’aborder l’ordinateur, les médias, et le réseau.
Comme l’explique très bien Steven Levy dans Wired, cela fait des années que les interfaces des ordinateurs n’ont pas évolué. Alors que le web a bouleversé nos usages, nous avons conservé notre vieille façon d’utiliser un ordinateur : un clavier, un écran, des logiciels, des fichiers, des prises de connection (USB, HDMI…), des lecteurs de Blue-ray, de DVD venus remplacer le lecteur de disquette…

L’iPad ne va sans doute pas assez loin, on peut penser que la vision de Google du cloud computing (logiciels directement en ligne) et du réseau devrait ringardiser l’écosystème des applications installées sur la tablette. Nous verrons. Mais l’outil nomade tactile révolutionne déjà l’antique ordinateur. C’est une première étape. Et c’est la principale innovation de l’iPad : plus qu’un e-book ou un mini-lecteur de médias, la tablette d’Apple est un “ordinateur” nouvelle génération.

Très léger, nomade (dix heures d’autonomie !), proposant une qualité d’image fantastique, l’iPad me permet certes de télécharger et de consommer des médias (livres, films, photos, jeux…) mais surtout de produire et de partager. Je peux écrire des textes, travailler sur des tableurs ou des présentations, retoucher mes photos, faire ou d’écouter de la musique, dessiner, prendre des notes, partager mes fichiers, régler mes achats…

À ce titre, le clavier tactile est une merveille d’ergonomie. Zéro défaut !
Personnellement, je laisse désormais mon MacBook Pro chez moi et ne me déplace qu’avec mon iPad.

4) Un outil incomplet

Dans cette optique, d’ailleurs, l’iPad est loin d’être parfait. Et même assez frustrant.

- L’écran : il est agréable, certes, mais il se comporte assez mal au soleil. Trop de reflets. Lire un livre en pleine lumière est assez fatiguant. Même dans l’obscurité, l’écran rétro-éclairé abime les yeux, contrairement au Kindle.

- La portabilité des applications iPhone : elle est présentée comme un atout. En fait, vous vous rendre vite compte qu’elle ne présente pas beaucoup d’intérêt. Le clavier devient ridiculement petit, et la résolution est médiocre.

- Pas de multitâches : devoir jongler entre les applis est vite frustrant. C’est un vrai handicap.

- Pas de connection USB : une lacune qui limite l’utilisation de l’objet comme un nouvel ordinateur portable (même si on peut le connecter à un ordinateur). Partager ses fichiers est possible (une fonction d’iTunes vous permet d’importer vos documents Word ou Excel par exemple), mais il est très compliqué de les faire naviguer entre les différentes applis. Encore un handicap qui milite pour le cloud computing.

- Le prix des applications : on tourne en moyenne autour de 9 dollars l’appli. Deux à trois fois plus cher que sur iPhone. Les livres sont assez cher aussi : premier prix à 9,9 dollars. On trouve parfois la version papier pour moins cher !

- L’absence de webcam : frustrant, à l’heure de Chatroulette !

- L’absence de flash : la lecture des sites Internet est sérieusement limitée. Même si de plus en plus de médias abandonnent la technologie Flash pour pouvoir être lus sur iPhone et iPad.
Plus généralement, il y a encore des progrès à faire avec le navigation web. Je n’ai pas pu rédiger mon billet depuis l’iPad par exemple. L’interface de Blogger présente de vrais problèmes de compatibilité.

D’ailleurs, l’ergonomie particulière de l’iPad (tout sur un écran, absence de scrolling vertical, pas de flash, la dimension tactile) va certainement bouleverser la façon dont nous concevrons, demain, nos sites web.

D’ici là, j’attends les prochaines versions. Et les tablettes des concurrents. On verra alors si les 300.000 ventes du week-end se transformeront en raz-de-marée. Et si l’iPad est bien la première étape d’une révolution des usages.

- Pour aller plus loin : je vous conseille la sélection de liens d’AFP Médiawatch.
- Les photos et les captures d’écran sont de moi.

Billet initialement publié sur Demain tous journalistes ?

]]>
http://owni.fr/2010/04/08/ipad-premieres-impressions-dun-early-adopter/feed/ 5
Trouver un jeu de mot avec “iPad”, en guise de titre http://owni.fr/2010/04/04/trouver-un-jeu-de-mot-avec-ipad-en-guise-de-titre/ http://owni.fr/2010/04/04/trouver-un-jeu-de-mot-avec-ipad-en-guise-de-titre/#comments Sun, 04 Apr 2010 08:36:52 +0000 rafi Haladjian http://owni.fr/?p=11569 L'ordinateur, c'est bon pour le boulot. Photo CC Flickr bunchofpants

L'ordinateur, c'est bon pour le boulot. Photo CC Flickr bunchofpants

Disons-le tout de suite : je n’aime pas Apple. Le culte aveugle, convenu et imbécile -comme tous les cultes- qu’on voue à Apple me gêne. Le regard à la fois détaché et supérieur de ceux qui arborent leur iBook avec sa glorieuse Pomme ostensible et lumineuse m’a toujours semblé grotesque.

Personnellement je suis un pauvre type et je continue à m’accrocher à un ordinateur sous Windows XP perclus de rhumatismes mais qui depuis un certain temps me semble extraordinairement plus ouvert que le monde magico-carcéral d’Apple. Ironiquement, ayant vendu Pixar à Disney, Steve Jobs est devenu le nouveau Disney : tandis que Disneyworld devient kitsch c’est Apple qui crée désormais des expériences merveilleuses, fliquées jusqu’au dernier bouton de guêtre, dans lesquelles des utilisateurs, des étoiles dans les yeux et bavant de bonheur, sont susceptibles d’abdiquer toute volonté et consommer ce qu’on leur dit de consommer. Les nouveaux produits d’Apple sont de plus en plus conçus comme des parcs d’attraction dans tous les sens des termes.

Étant donné ce qui précède et, ne fusse que par pure mauvaise foi, j’aurais donc une tendance naturelle à dire du mal d’Apple et en particulier de l’iPad.  Je rêvais, à l’occasion de l’annonce du 27 janvier, d’une Barack Obamisation de Steve Jobs : un jour, ces gens qu’on pense surnaturels, infaillibles et providentiels deviennent bêtement humains par excès de confiance, par panne d’imagination ou à cause des lois de la gravitation. Mais voilà, malgré l’exaspérant show d’autoglorification, malgré la vidéo sur Apple.com dans laquelle les gens ont tous l’air halluciné d’effrayantes Bernadette Soubirous, malgré leur chapelet de superlatifs incantatoires : je dois reconnaitre que l’iPad est un objet révolutionnaire au sens plein de révolutionnaire.

Oui, l’iPad n’est jamais qu’un iPhone maxi ; non, l’iPad ne fait pas de multitasking ; non, il ne tourne pas sous Mac OS mais sous iPhone OS ; oui, il n’a qu’un pauvre clavier virtuel de merde. Mais ce sont précisément tous ces choix qui font de l’apparition de l’iPad un évènement majeur : l’iPad inaugure la fin officielle de l’Informatique pour introduire vraiment la vie numérique (l’expression est plouc mais je n’en ai pas trouvé d’autre).

Le PC, élevé dans le monde de l’entreprise

Depuis quasiment les débuts et jusque dans le dernier des netbooks, tous nos ordinateurs se sont inscrits dans une même trajectoire. Leur code génétique est resté celui de la machine à écrire, c’est-à-dire d’un outil de travail. Né dans un labo mais élevé dans le monde de l’entreprise, l’ordinateur a conservé son ADN de poste de travail. Un ordinateur est un truc en face duquel on s’installe pour travailler, en tout cas pour passer du temps. Même quand il est posé sur les genoux, la position du corps implicitement induite par sa forme et par la prééminence de son organe clavier est celle de la dactylo raide sur sa chaise. Le corps doit se placer de sorte à pouvoir taper sur un clavier. Ce clavier nous rappelle les valeurs fondamentales de l’objet : nous sommes là pour entrer des choses, pour travailler, ceci est un outil de productivité.

Les logiciels eux aussi traduisent une conception de l’ordinateur héritée du monde du travail. Ils sont gros comme des investissements, complexes comme des outils professionnels. Ils mettent un certain temps à démarrer parce qu’ils présupposent toujours un monde dans lequel on passe un certain temps devant son ordinateur, ou être devant un ordinateur est une activité pleine, exclusive et durable qui justifie un entrainement et de la patience.

Photo CC Flickr Tom Raftery

L'iPad est issu du téléphone mobile, ce qui change tout. Photo CC Flickr Tom Raftery

L’iPad vient de manière radicale rompre cette lignée évolutive. Comment ?

De l’origine des espèces ( « mais ce n’est qu’un iPhone géant, hi hi !») : l’iPad ne s’inscrit pas dans la descendance génétique du Grand Ordinateur mais de celle du téléphone mobile et ça change tout.

Au lieu de l’approche traditionnellement suivie du top down, dans laquelle on part de l’Ordinateur bouffi pour le simplifier, Apple adopte une approche bottom up : partir du monde par nature simplifié du téléphone mobile pour l’amplifier. Ce faisant, il se débarrasse de l’héritage encombrant d’outil de travail et toutes ses scories que se trimbale l’Ordinateur génération après génération. Sur un téléphone mobile, la place est chère, en ressources, en espace d’écran, en temps disponible de l’utilisateur, en confort de l’environnement. Ici pas de place pour des logiciels, il faut faire des applicationnettes, ces petits objets spécialisés à fonctions réduites, simples comme des peignes, qu’on lance pour quelques minutes avant de reprendre le cours de sa vie. Sortir du paradigme du poste de travail pour entrer dans celui de la vie numérique c’est cela : la relation avec l’ordinateur n’est plus un moment exclusif, une session pour laquelle on s’installe, mais une succession d’échanges courts tout au long de la journée. La vie prend le dessus sur l’ordinateur. La vie numérique n’est pas faite de moments on et de moments off, elle est faite d’activités ordinaires avec une surcouche, un renfort, une ombre, un référent, une assistance numérique permanente. Dans ce rôle de prothèse, la culture du téléphone mobile, de l’iPhone OS est beaucoup plus pertinente que celle de l’ordinateur et de son Mac OS. Dans ce contexte l’absence de multitasking n’est finalement même pas un manque, c’est la logique même : dans la vie numérique vous multitaskez votre vie avec une application et non pas deux applications entre elles comme sur un ordinateur auquel vous vouez votre temps.

Arrêtons ce mythe du web 2.0 et du UGC

Atrophie du clavier : dans la téléphone mobile la sélection naturelle a très vite cherché à planquer ce clavier trop encombrant. Descendant de l’espèce, c’est naturellement que l’iPad se débarrasse de cette excroissance génétique des ordinateurs. Ce faisant, il introduit dans le monde de l’informatique ce qui fait le A de ADSL. En télécom ce A veut dire asymétrique et signifie que l’utilisateur envoie beaucoup moins de données sur un réseau qu’il n’en reçoit. L’utilisateur est le plus souvent passif. Cela va à l’encontre de la conception d’outil de travail, de productivité qu’ont toujours les ordinateurs. L’iPad nous dit : arrêtons ce mythe du web 2.0 et du contenu généré par les utilisateurs. La grande majorité des utilisateurs sont passifs et se contentent de consommer ce qu’un très petit pourcentage de gens produisent. Pourquoi faut-il continuer à imposer un clavier si encombrant pour entretenir l’illusion de l’utilisateur producteur ? À quoi bon un clavier pour écrire confortablement des textes longs quand la capacité d’attention que les gens ont à vous consacrer n’est que de 140 caractères ? À quoi bon un clavier dur, entier et permanent quand tout ce qu’on est dans la vie c’est au mieux un retweeter.

Je pense que l’iPad n’est pas une catégorie bâtarde entre le téléphone portable et l’ordinateur. Je pense qu’il est la future catégorie principale. Aujourd’hui la majorité des ventes d’ordinateur se font dans le grand public à qui, pourtant on continue à proposer des descendants de postes de travail. L’iPad devrait, je crois assez rapidement, faire sortir les ordinateurs du tableau, les marginaliser, les renvoyer dans les bureaux ou les data center, à les rendre aussi pertinents dans le monde domestique qu’une machine à affranchir.

Apple veut prendre le contrôle de toute la vie

Il parait tout à coup dérisoire le temps où Microsoft était maître du monde juste parce qu’il faisait des logiciels pour écrire des rapports que personne ne lit, des présentations stériles et des feuilles de calcul. Apple veut prendre le contrôle de tout le reste, c’est-à-dire de toute la vie et non pas celui de ces moments marginaux pendant lesquels effectivement on travaille.

Mais l’iPad n’est pas la fin de l’histoire. Il n’est qu’un chaînon dans l’évolution qui mène inéluctablement à la dis-apparition de l’ordinateur, c’est-à-dire sa fusion complète et limpide avec notre environnement et nos vies.

S’il modifie notre relation à l’ordinateur, l’iPad ne change pas le paradigme du guichet, celui de l’objet médiateur exclusif. Nous restons dans un environnement stupide dans lequel il est nécessaire de passer par une seule porte consacrée pour atteindre l’Intelligence, la Joie et le Commerce.

Dans le monde d’Apple, strictement monothéiste, il n’est de Dieu que Dieu et toute relation avec l’au-delà numérique doit passer par l’Objet Saint. Apple imagine un monde monomodal dont il serait le nombril. Pour cela, l’icône reste indispensable. Dans la vie numérique proposée par Apple, la prothèse doit rester apparente, ostensible, prosélyte. Comme disait Jean-Paul Sartre en parlant d’Apple, « le Media est le Message ».

L’avenir de la vie numérique est à la disparition du lieu de culte unique : tous les objets de la vie devraient pouvoir parler directement avec l’au-delà numérique, sans médiateur, de manière transparente et nécessairement banale. Il ne devrait plus y avoir d’Objet Élu.

Ce que Apple ne saura jamais faire, c’est devenir transparent or le sens de l’histoire serait qu’il le devienne. Quand le monde entier devient magique, on n’a plus besoin de Magic Kingdom.

Il y a quelques années Umberto Eco avait comparé Apple à Eglise catholique et Microsoft à l’Eglise protestante. Je pense qu’en ce qui concerne Apple cela devient encore plus pertinent qu’avant.

Voilà, for no special reason, j’avais tout à coup envie d’écrire tout ça, parce que j’ai encore un clavier.


Billet initialement publié sur Je m’appelle rafi ; image de une CC Flickr djcasti

À lire sur le même sujet : Kind(le) of a(n I)pad : du passé faisons tablette rase ; Apple iPad : analyse d’une déception logique

]]>
http://owni.fr/2010/04/04/trouver-un-jeu-de-mot-avec-ipad-en-guise-de-titre/feed/ 6
Après le laptop, le rolltop http://owni.fr/2010/02/28/apres-le-laptop-le-rolltop/ http://owni.fr/2010/02/28/apres-le-laptop-le-rolltop/#comments Sun, 28 Feb 2010 12:30:35 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=9094 L’étape intermédiaire avant l’écran de papier ? L’ordinateur portable présenté sur cette vidéo, prend, enroulé, autant de place qu’un bon vieux journal papier plié sous le bras. À la vue de la démonstration, on se dit qu’il pourrait vite être industrialisé. Ce “rolltop” a été dessiné par Orkin design, des Allemands.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Vidéo repérée sur Knock in

]]>
http://owni.fr/2010/02/28/apres-le-laptop-le-rolltop/feed/ 3
L’ordinateur est en train de l’emporter sur le computer http://owni.fr/2009/11/26/l%e2%80%99ordinateur-est-en-train-de-l%e2%80%99emporter-sur-le-computer/ http://owni.fr/2009/11/26/l%e2%80%99ordinateur-est-en-train-de-l%e2%80%99emporter-sur-le-computer/#comments Thu, 26 Nov 2009 10:56:33 +0000 [Enikao] http://owni.fr/?p=5740

322481121_f5712a70b2_o1A ses débuts, l’ordinateur était une grosse calculatrice avec des boucles d’itération et des fonctionnalités mathématiques un peu avancées. Puis avec le perfectionnement et l’ajout de composants internes ou externes, ce fut aussi progressivement une machine à écrire, à mettre en page, à mettre des sons, à créer des images, à les animer… aujourd’hui, c’est une machine qui peut aussi se connecter à d’autres et permettre à son utilisateur d’interagir avec des applications distantes, de piocher dans des bases d’informations, ou d’être en contact avec d’autres utilisateurs par des moyens électroniques.

Ce qui était une machine dont l’étalon était la puissance est devenu un maillon d’un réseau dont le point fort est le nombre, la force et la diversité des liaisons. Le rigide computer est devancé par le complexe et riche ordinateur. Comme notre cerveau.

Le terme français est assez étonnant car plutôt isolé (avec l’italien) : l’ordinateur, c’est ce qui range, classe, trie. Alors que le terme anglais computer et ses déclinaisons en allemand, russe, portugais, serbe, hollandais, coréen, grec… définit ce qui calcule. D’après ce que j’ai trouvé, il existe aussi deux cas étonnants : les norvégiens et suédois datamaskin qui suggère l’exploitation de données, et le slovaque počítač (littéralement : « ce qui permet de lire, de visionner »). Notons que l’espagnol ou le roumain semblent employer indifféremment les deux notions, calcul et organisation, mais toute précision extérieure est la bienvenue.

Si j’en crois Wikipedia, c’est le philologue Jacques Perret qui aurait proposé en 1955 à IBM (qui trouvait le terme computer trop restrictif) le mot « ordinateur », par référence biblique au grand ordonnateur qui organise le monde. Il met les choses dans l’ordre.

Et bien cette conception de la machine, qui n’est pas sans rapport avec une vision plus globale de l’intelligence et des capacités mentales, est passée en partie au second plan. Certes, une bonne puissance (qu’il s’agisse du processeur ou de la mémoire vive) est utile pour faire fonctionner correctement certaines applications gourmandes en ressources ou pour en maintenir plusieurs actives en même temps, mais le succès commercial des netbooks et la baisse parallèle des ventes d’ordinateurs montre que la course au toujours plus n’est plus forcément de mise. Le good enough se fait plus prégnant quand les moyens financiers sont en baisse, quand la machine portable est un quatrième écran, mais aussi quand un marché sature et cherche à s’étendre… vers le bas.

Car les pratiques ont changé, et notre conception de l’intelligence et des capacités mentales également sans doute. Depuis quelques temps, avec les nouveaux outils de partage (Digg et autres delicious) et d’attraction de contenus (RSS) et les médias sociaux (blogs, Facebook, Twitter, Dailymotion…), la technologie est devenue transparente pour nous permettre de faire des choses sans faire de calculs : propulser et recevoir des informations dans une infosphère dont les caractéristiques (locuteurs, interlocuteurs, tempo, volume, capillarité entre les différents canaux) sont propres à chacun. Nous entrons dans un moment où il devient important de filtrer, trier, classer les informations et les données pour gagner du temps, éviter l’infobésité et enrichir utilement son propre savoir tout en contribuant au savoir des autres. Là où auparavant il importait avant tout de calculer, depuis que le grand public s’est emparé de l’ordinateur, il importe davantage de savoir chercher et archiver, connecter et archiver.

Ce sont bien ces enjeux qui animent à la fois les communautés de l’informatique mais aussi de l’information et du savoir en général :

» stockage (espace, serveurs dédiés, logiciel et base de données comme services distants) et archivage (classement et indexation, traçabilité, effacement et droit à l’oubli)

» classement et taxonomies personnalisées à plusieurs dimensions grâce aux tags (sur les favoris partagés comme delicious, mais aussi sur Twitter avec les hashtags) ou aux listes, ou encore sous forme dynamique et d’organigramme visuel comme Pearltrees.

» accès aux données, c’est à dire recherche dans les archives mais aussi libération des données enfermées dans des silos, avec l’exemple de la donnée publique ouverte et le data.gov

» alertes et informations en temps réel, avec par exemple l’intégration des gazouillis de Twitter dans Bing ou Google, et le récent accord BNO / MSNBC, et plus simplement l’intégration des flux RSS dans des outils professionnels (récent partenariat Netvibes / Sage). Signe des temps : le web et temps réel est la thématique de la conférence LeWeb’09.

»recoupement et rapprochement d’informations et d’idées : fact checking (suivre à ce sujet l’expérience du Monde.fr : les décodeurs), graphes sociaux, applications composites ou mashups, mise en regard de valeurs ou évolution dans des infographies, cross-over entre univers.

» partage de différents types de documents (texte sur Scribd, présentation sur Slideshare, liens grâce aux raccourcisseurs d’URL comme bit.ly qui permet d’obtenir des statistiues sur les taux de clics, vidéos avec YouTube et autres Dailymotion ou Vimeo) par tous types de moyens de diffusion, du statut Facebook : le lifecasting ou 36 15 MyLife a fait place au mindsharing façon “regardez ce que j’ai découvert”. L’illustration la plus récente et significative est l’invite de Twitter, qui est passé de “What are you doing ?” à “What’s happening ?”

» vote et qualification des contenus pour améliorer collectivement la pertinence du classement et de l’indexation : au-delà du commentaire, donner simplement un “plus” ou un “moins”, ou bien attribuer une note, est un système que l’on retrouve sur Agoravox ou Le Post, mais aussi dans d’autres systèmes qui font remonter les “tops”, par exemple les tops des lecteurs et les tops selon les contributeurs chez aaaliens.

Il s’agit donc aujourd’hui d’organiser le savoir, son accès et ses exploitations plutôt que de la simple machine à calculer. Pour reprendre l’expression que m’avait suggéré il y a quelques mois un camarade qui prenait au sérieux l’organisation de sa tuyauterie médias sociaux : nous sommes passés d’une obsession du neurone à un focus sur le pouvoir des synapses. Le parallèle avec le cerveau est particulièrement pertinent.

Ce réseau de cellules constitue une formidable machine à classer, ranger, regrouper, associer… et à remplir les vides ou à remettre de l’ordre quand il en manque. Il faut une certaine dose d’abstraction et d’extrapolation pour faire de quelques minuscules pixels un personnage, par exemple Mario en 1981. Pourtant, même en proposant la version d’origine à un jeune joueur aujourd’hui, son cerveau remplira spontanément en très peu de temps les vides pour “lisser” le personnage et se figurera quelque chose proche de ce qu’on peut voir en 2008. Il y a là quelque chose de fractal : à partir de traits grossiers, le cerveau imagine la complexité.

De même, le fameux exemple de dyslexie montre que le cerveau remet les lettres dans l’ordre assez facilement et on se surprend à lire de manière plutôt fluide ce qui est pourtant mélangé.

Cela fait partie de facultés infra-conscientes de nos cellules grises, qui travaillent très vite et à notre insu. On peut très bien faire de savants calculs balistiques de paraboles en fonction du vent, du poids de l’objet, de la distance… et arriver 5 minutes après pour ramasser la balle au sol, ou bien simplement laisser faire nos yeux et notre cerveau et la rattraper au vol (et éventuellement de libérer un prisonnier au passage).

La génération Y qui a pu connaître le début de l’ordinateur et la fin du computer ressent plus naturellement que c’est la connexion et l’efficacité qui prime désormais sur la grosse machinerie. Cela permet d’accéder à davantage de richesse, d’apports extérieurs, de gagner en souplesse et en réactivité. Pourtant, dans les parcours scolaires le “par cœur” et le “magistral”continue à être le credo, au détriment de l’apprentissage de la recherche et de la classification, de l’apprentissage d’un savoir-être et de la relation à l’autre, de l’encouragement au bidouillage et au do it yourself. En entreprise le modèle pyramidal avec tous ses rouages bien alignés prime encore sur le modèle lâche du réseau informel. Le débat tête bien pleine / tête bien faite est sans fin, mais au jeu de l’adaptation et de la réactivité, à l’heure où les contextes technologiques, économiques et sociaux évoluent vite, quand les pratiques dépassent la technique et se diffusent largement, il serait temps que les paradigmes sociaux en tiennent compte.


» Article initialement publié sur http://enikao.wordpress.com
» Photo de Une par ibananti sur Flickr

]]>
http://owni.fr/2009/11/26/l%e2%80%99ordinateur-est-en-train-de-l%e2%80%99emporter-sur-le-computer/feed/ 4
Le web, outil convivial à tendance toxique http://owni.fr/2009/09/03/le-web-outil-convivial-a-tendance-toxique/ http://owni.fr/2009/09/03/le-web-outil-convivial-a-tendance-toxique/#comments Thu, 03 Sep 2009 15:29:40 +0000 Eric Mainville http://owni.fr/?p=3214 Il y a peu, un ami me confiait que son épouse avait une manière bien à elle d’utiliser l’ordinateur. Quand elle en avait besoin, elle l’allumait, recherchait l’information qu’elle était venue chercher, puis elle éteignait l’ordinateur.

Lui, en revanche, laisse l’ordinateur allumé toute la journée. “Parfois je passe tout mon temps devant l’écran”, m’a-t-il dit. Il souligne à quel point cet usage d’Internet est contre productif. Mais, comme nous tous, il fait comme ça.

l’ordi allumé tout la journée

Vous êtes sans doute comme lui, comme moi: l’écran allumé toute la journée. Vous recherchez des informations, vous utilisez l’ordinateur. Mais bien souvent c’est lui qui vous utilise.

C’est ce qui me fait introduire l’idée d’outil convivial, proposée par Ivan Illich en son temps. L’outil est dit convivial s’il accroit l’autonomie de l’homme. Sinon, c’est l’outil qui prend le contrôle de l’homme. C’est alors qu’il devient toxique.

aussi souvent ou aussi rarement

“L’outil est convivial dans la mesure où chacun peut l’utiliser, sans difficulté, aussi souvent ou aussi rarement qu’il le désire, à des fins qu’il détermine lui-même. L’usage que chacun fait n’empiète pas sur la liberté d’autrui d’en faire autant. Personne n’a besoin d’un diplôme pour avoir le droit de s’en servir; on peut le prendre ou non. Entre l’homme et le monde, il est conducteur de sens, traducteur d’intentionnalité” (Ivan Illich _ la Convivialité)

Pour Illich, le téléphone est l’exmple d’un outil convivial. Les individus sont libres de téléphoner n’importe quel message à n’importe quel personne, sans qu’une administration intervienne pour limiter cet usage. Internet et l’ordinateur répondent en partie à cette définition.

convivial ou toxique?

Illich souligne aussi que les outils conviviaux peuvent exercer une telle attraction sur les gens qu’ils deviennent toxiques.

“Quand une population entière se laisse intoxiquer par l’usage abusif du téléphone et perd ainsi l’habitude d’échanger des lettres ou des visites, l’erreur tient à ce recours immodéré à un nouvel outil, convivial par essence, mais dont la fonction est dénaturée par une fausse extension de son champ d’action.”

Dans quelle mesure notre usage d’Internet est-il passé de convivial à toxique (et contre productif)?

(ce billet fait suite à celui-ci, qui était déjà consacré, de façon transevrsale, à Ivan Illich)

Pour prolonger:

> Article initialement publié sur Crise dans les Médias

]]>
http://owni.fr/2009/09/03/le-web-outil-convivial-a-tendance-toxique/feed/ 4