OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Chroniqueur pop: fin d’un monde et retour à la niche http://owni.fr/2010/04/13/chroniqueur-pop-fin-dun-monde-et-retour-a-la-niche/ http://owni.fr/2010/04/13/chroniqueur-pop-fin-dun-monde-et-retour-a-la-niche/#comments Tue, 13 Apr 2010 10:42:45 +0000 Emgenius http://owni.fr/?p=12140 Dans ce billet, Emgenius s’interroge sur l’évolution des fanzines et blogs musicaux et sur les liens qu’ils entretiennent avec l’industrie du disque.

Titre original:

La niche musicale : icône communicationnelle, et maillon faible de l’économie culturelle de masse

A la niche, Mauricette!

Avec un titre pareil tu te crois au moins dans une analyse bourdieusienne ou un article de Bernard Guetta. En fait non, ce n’est que moi…  et un simple constat. Cette semaine je me suis plongé dans la lecture des aventures de Gerald de Oliveira, que nombre de musicophiles connaissent plutôt parce qu’il est le bonhomme derrière un des premiers blogs totalement indé, totalement gratuit, totalement dévoué, A Découvrir Absolument, et navigue dans les mêmes eaux que notre bon vieux Benzinemag, depuis des temps quasi immémoriaux.

Au fil des années, ADA a réussi à imposer son style à la chronique mitraillette au gré d’albums reconnus, de groupes en développement et d’artistes non signés. Au point que je me suis souvent demandé : mais comment fait-il pour écouter autant de musique et surtout : « où trouve-t-il le temps de critiquer de plus en plus d’albums sur son site, avec une régularité d’horloge ? » et de développer, en plus, des compilations à télécharger toujours plus pointues, toujours plus indé. Je dois l’avouer. Longtemps j’ai jalousé la rapidité du bonhomme et son pagerank Google ;-)

Récemment Gérald a signifié aux internautes qu’il jettait le gant. Que pour cause de naissance et de projets personnels, il arrêtait la course à la chronique et au toujours plus, pour ne se concentrer plus que sur de sporadiques compilations, regroupant ses coups de cœur du moment.

Cet aveu, qui n’engage que son auteur est cependant symptomatique de deux grands mouvements à l’œuvre dans le monde culturel. Mais on pourrait aisément généraliser au  « en ligne » assez facilement.

Il devient de plus en plus facile de produire, enregistrer et diffuser > Difficile de suivre le rythme

Contrairement à Pascal Nègre, je pense que le téléchargement massif et l’accès gratuit à la musique a permis à une génération aujourd’hui post adolescente, d’avoir accès à un catalogue de tires qui nous a été interdit quant à nous.

Image CC FlickR par Brian Lane Winfield Moore

Les gamins qui ont pris les guitares, les ordinateurs et les sampleurs après 2000 ont en général eu accès à un catalogue, que mes cassettes magnétiques faites avec amour suite aux visites en médiathèque n’auraient jamais pu égaler. Le corollaire, c’est qu’un maximum de groupes fomentés dans les garages de l’Essonne, de Jette ou de Brooklyn ont débuté avec une connaissance des œuvres des aînés incomparable.

Globalement, j’ai tendance à croire que cet accès a donné à la jeunesse « qui joue de la musique » une certaine maturité que nous ne pouvions avoir à notre époque ; et globalement une musique plus efficace dès les premières notes. Donc plus enthousiasmante aussi à écouter.

Par ailleurs, n’en déplaise aux majors qui vantent leur labeur de loueur de studios et d’orchestre, force est de constater aussi, que là où mes camarades de fac pouvaient espérer au maximum produire une cassette sur leur quatre pistes, les gamins élevés au super Poulain et à ProTools sont aujourd’hui capables, depuis leur chambre de produire des « entités musicales », des albums, qui ont peut à envier à certaines des productions réservées jadis aux groupes en développement des maisons de disque.

Mieux encore, suite aux crises à répétition qui ont frappé le secteur, il y a fort à parier que les maisons de disque encouragent désormais un type de production similaire pour leurs artistes maison (combien d’interviews ais-je lui d’artistes qui expliquent s’être retirés dans une chapelle pour écrire leur album ou avoir composé la totalité de l’album dans le garage de Joe).

Le résultat est que nombre des premières démo de ces nouveaux groupes n’ont pas grand-chose à envier aux grands frères signés en maison de disque et arrivent très souvent avec bonheur auprès des webzines comme Benzinemag ou ADA, qui ont du coup bien du mal à refuser des démo super abouties, super léchées, qui ont parfois le petit grain de nouveauté qui nous émeut, ou que nous devons laisser sur le côté pour la seule raison, non technique, qu’il s’agit d’un n ième clone des Strokes ou une centième version de Kid A. Il n’empêche que globlament le niveau des démos est devenu très professionnel.

“Le Directeur Artistique est devenu la foule”

Avec l’avènement du web et les boosters que furent en leur temps les pages « official sites » et myspace des groupes, on a pu se mettre à écouter les démos de ces kids de chambre, émergeant des quatre coins du monde, sans filtre marketing, sans barrière de langue, sans halte, sans arrêt.

Et les démos de bidouilleurs isolés ont réussi à toucher un public parfois énorme avant même d’avoir donné ne fut-ce que l’ombre d’un concert dans la salle de gym du lycée. L’industrie en perte de vitesse s’est sentie spoliée d’un rôle de plus, celui de média, et a tenté de compenser les baisses de ventes d’albums par la production de masse de groupes en développement, tentant de compenser ce qu’ils perdaient en masse de vente sur un album par des coups possibles sur de multiples albums.

Côté fanzine, on a donc continué à voir débouler les démos super abouties de groupes non signés en quête de notoriété, diablement efficaces, et les albums de labels parfois plus petit ou non qui diffusent quantité d’albums en général plutôt plus que corrects, car portés par un buzz de fans, de communautés d’amateurs en ligne.

Le DA est devenu la foule, et la foule faite de plein de foules, réparties dans le monde, aux distances et au temps aboli par le web. Pour les webzines, comme d’ailleurs pour les installés de type Inrocks, Rolling Stones, Magic et consorts c’est devenu un peu comme une course à l’écoute. Pour rester généraliste, indé mais pertinent, il faut multiplier ses oreilles ou diminuer son temps de sommeil. Ce qui n’est viable ni si on a des impératifs financiers, ni si on entretient une vie professionnelle en parallèle.

Le désarroi des gloseurs de sorties

C’est à cette époque (il y a trois quatre ans) qu’on a vu les magazines recourir à de plus en plus de stagiaires pour les chroniques papier / web (diluant parfois l’essence des magazines au gré de plumes pas encore suffisamment mûres), user d’artifices comme les dossiers thématiques ou les hors série pour garder un lectorat captif ou un rôle de « carte IGN » dans un univers en perpétuelle ébullition qu’ils sont par ailleurs obligés de suivre sous peine de ringardisation.

C’est à cette époque aussi que sont nés plein de webzines très ciblés : untel sur la musique indus uniquement, untel sur le rap français en particulier, tel autre sur les musiciens belges… comprenant que puisqu’il devenait impossible de couvrir un scope complet, il valait mieux se spécialiser et engranger les pages vues auprès d’une ligne de fan, comme il existait jadis des lignes de produit. C’est depuis cette époque aussi qu’avec Benoît chez Benzine on cherche à dynamiser notre petite équipe, pour augmenter à la fois le confort de lecture, la rapidité de communication sur des bons groupes en phase ascendante, et une petite équipe dont le bénévolat rebute parfois dans la régularité des contributions.  C’est depuis cette époque aussi, que je me fais souvent rappeler à l’ordre par les labels qui nous contactent, parce que forcément, je suis toujours en retard d’une écoute, d’un bon coup, d’un newcomer.

Cette pléthore de sorties est difficile à gérer et ADA vient d’illustrer le désarroi de plein de fanzines, même si on se le cache souvent derrière le plaisir d’écouter des titres généralement bons. Cette offre pléthorique est ressentie aussi par le grand public, qui (et je suis sûr que c’est aussi un facteur de la baisse des ventes d’albums) n’a plus les moyens ou l’envie de céder au « fétichisme » autour d’un groupe déjà dépassé, ou dont le second album s’avère une bouse sans nom.

Ecouter et apprécier oui, aduler non. J’ai souvent mis sur le compte du « c’était mieux avant » de vieux con, mon impression diffuse de ne plus m’être enthousiasmé depuis longtemps pour un groupe pop et rock (pourtant mes préférés) comme j’ai pu le faire à l’époque pour les Cure, les Stone Roses, Pavement, Blur, Pulp ou même les Strokes et Bloc Party. Je me demande maintenant dans quelle mesure la « remplaçabilité » d’un groupe par un autre un peu meilleur, un peu différent, n’est pas en train de transformer le rapport à la musique et rendre caduque la notion même d’adhésion de masse pour un groupe populaire en une multiplicité d’adhésion de foule à des groupes de niche.

Un bon groupe de niche

Maintenir le cap de critiques généralistes, mais indé, pour le monsieur tout le monde Pop dans son ensemble (comme les Inrocks ou Magic et R&f dans leur créneau) est à la fois de plus en plus dur à continuer avec pertinence dans une volonté de couvrir TOUT le spectre des albums ou groupes potentiels, mais me semble aussi devenir de moins en moins en phase avec les attentes des lecteurs eux-mêmes

Je me trompe peut-être mais je veux y voir des signes à la fois dans la « démission » de Gérald from ADA, le côté de plus en plus fade rencontré dans ma lecture des Inrocks ou la sensation d’être roulé par les couvertures « groupe du mois » de mon favori Magic. Une hype remplace l’autre et un bon groupe remplace un autre bon groupe sans jamais rencontrer, ou si peu, le fétichisme quasi autiste des concerts de Cure qu’on préparait au khôl ou de Nirvana et Pavement à la chemise de bûcheron.

Un côté grand messe perdue, que je ne vois pas loin de là comme une des conséquences du rôle de filtre perdu par les maisons de disque (je n’ai pas le respect suffisant pour les majors qui me feraient accroire qu’ils triaient le bon grain de l’ivraie et c’est pour ça qu’on adulait en masse), mais comme une conséquence de l’accès à de multiples stimuli, de multiples enregistrements, diluant d’autant nos amours musicaux.

Un côté grand messe qu’on ne trouve plus qu’au sein de niches. Les ados avec les miraculés Indochine ou Tokio Hotel en sont les caricatures, les métalleux avec plein de groupes que je ne parviens plus à écouter au décorum et aux codes super précis… Autant de niches créant leurs icônes, leur habitus (dirait Bourdieu), leurs sociolectes et leurs messies de caste. Autant de niches qui rendent compliqué l’adhésion nécessaire à la vente de magazines tels les Inrocks ou Magic, les forcent à parfois se créer des stars du jour qui favorisent l’envie de lecture.

Des niches qui se créent sur des thématiques musicales, ou sur des personnalités de blogueurs, découvreur. Depuis une paire d’année, je constate que les blogs qui tournent autour d’une identité (et nombre de compères chez benzinemag en font partie), d’un chroniqueur se développent et gagnent un lectorat sans cesse croissant.

Un album mis en avant par Withoutmyhat ou le choix.fr encensé par eux, aura plus de chance de faire un joli carton au sein de sa communauté de lecteurs qui échangent avec ces blogueurs en nom propre, que des critiques régulières d’un maximum d’albums tel que benzine, popnews, ada, et les historiques peuvent le faire. On est passé de l’information globale au besoin de tri. Un tri qui se fait par le style de musique ou via la comparaison avec celui qui sert d’entremetteur.

Un rôle que peuvent se donner certains blogueurs, mais qui sied mal au fonctionnement de certains blogs, et qui peut faire enrager les labels condamnés à poster des des CD à la pelle, avec de moins en moins de garantie de sortir chroniqué (ce qui explique aussi pourquoi ils sont en train massivement de passer à l’envoi de MP3).

Des niches qui imposent aussi certains webzines à marcher ou crever (sous peine de disparaître en pagerank 6), à ne pas oublier les artistes avec notoriété dans chacune des niches (pour crédibiliser le site) et provoquent des démissions somme toutes logiques quand l’activité de veille / découverte se greffe sur des professions, des vies de famille etc. qui requièrent la plus grande partie de nos attentions.

Si le désarroi existe pour les webzines on ose à peine imaginer le bordel dans les labels

CC par Tsuki-chama sur FlickR

Or donc voilà que la niche domine les comportements d’achat éventuel. On le constate en bout de chaîne, quand il s’agit de parler des sorties. On se représente aussi du coup la difficulté pour tout le petit écosystème de la promotion au sein des labels et autre PR qui gravitent dans l’univers.

Il y a de plus en plus d’artistes à promouvoir, dans de plus en plus de niches. Et il n’y a pas encore de facto, d’unité de mesure ni de l’influence, ni du potentiel d’une niche.

J’imagine le RP au moment de sélectionner les 100 chroniqueurs potentiels à qui envoyer une version jolie d’un disque à promouvoir vs la version MP3 du même album ? Comment choisir ? Celui qui fait le plus de lectorat. Comment sélectionner un référent à choyer  pour un type d’artiste à promouvoir. Un magazine qui cartonne au tirage ou un blogueur influent auprès des émo-rockeurs d’ile de France, férus de ska et de punk écolo en provenance de Denver.

Où accorder l’interview ? Qui envoyer en concert ? Où se cachent les leviers qui remplissent les salles et /ou achètent du merchandising et du CD ?

Un casse-tête. Il existe peu, me semble-t-il d’analyse marketing concernant le positionnement de produit dans une niche définie et le retour qu’on peut espérer de micro écosystèmes, comparativement à de larges foules.

Seule reste le doute, la fuite en avant, et les démissions. Le changement de cap de ADA est assurément un témoignage d’un monde qui vient de se terminer.

On attend que se définissent les règles précises du monde à venir.

> Article initialement publié sur le blog d’Emgenius

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Le livre électronique et les chroniqueurs papier http://owni.fr/2010/02/16/le-livre-electronique-et-les-chroniqueurs-papier/ http://owni.fr/2010/02/16/le-livre-electronique-et-les-chroniqueurs-papier/#comments Tue, 16 Feb 2010 09:31:31 +0000 Serge-André Guay http://owni.fr/?p=8255 Nouvel auteur sur Owni.fr, Serge-André Guay, président éditeur de la Fondation littéraire Fleur de Lys au Québec, démonte les arguments anti-livre électronique avancés par des chroniqueurs papier et invite à dépasser le clivage entre les deux supports.

En moins d’une semaine, deux chroniqueurs de (journaux) papier sont tombés à bras raccourcis sur les promesses accompagnant l’arrivée du livre électronique. Jean Larose a exprimé sa crainte face à la lecture sous l’influence du livre électronique dans un texte intitulé «L’Avent du livre électronique» publié en fin de semaine dernière dans le quotidien LE DEVOIR. Steve Proulx a écrit que le livre électronique est un simple gadget qui ne donnera pas nécessairement naissance à une nouvelle génération de lecteurs dans un billet publié hier sous le titre «Ceci n’est pas une révolution» dans l’hebdomadaire culturel VOIR. Certes, on ne saurait pas reprocher à ces chroniqueurs papier de s’inquiéter de l’avenir de la lecture au sein de la population.

Mais situer cette inquiétude pour la lecture dans le contexte du livre électronique opposé au livre papier n’est pas utile. «Qui, aujourd’hui, est à ce point rebuté par le livre imprimé, au point d’attendre qu’un appareil plus commode soit mis en marché pour, enfin, s’adonner au plaisir de la lecture?» demande Steve Proulx. Là n’est pas la question. On ne choisit pas le livre numérique parce que le livre papier nous rebute, chacun ayant ses propres avantages. Pour les uns, le livre papier possède des avantages indéniables sur le livre électronique et, pour les autres, c’est le contraire. Qui peut se permettre de dire que les uns ont raison et que les autres ont tort ? Personne, surtout pas dans un monde où le libre choix se présente comme un gain historique pour la démocratie. Évidemment, chacun de nous a droit à son opinion mais encore faut-il qu’elle soit bien éclairée, surtout lorsqu’elle a une portée médiatique au sein de la population.

Steve Proulx écrit : «On dit du livre électronique qu’il démocratise le livre, car les titres sont moins coûteux (ce qui compense le coût de l’appareil). Ceux qui sont préoccupés par ce genre de considérations budgétaires seront certainement ravis d’apprendre qu’il est possible d’avoir accès, gratuitement, à des milliers de livres imprimés grâce à des lieux que l’on nomme “bibliothèques publiques”.» Or, depuis la commercialisation du livre et malgré le développement des réseaux de bibliothèques publiques, il y a des gens qui préfèrent acheter plutôt qu’emprunter les livres de leur choix. Pourquoi les ridiculiser ? La vente en ligne sur Internet de livres numériques est une nouvelle option qui satisfait certains lecteurs. Pourquoi la dénigrer ?

Qui plus est, se rendre à la bibliothèque publique la plus proche demeure difficile pour plusieurs personnes. Il y a ceux qui habitent trop loin pour s’y rendre à pied, ceux qui n’ont pas de bicyclette, ceux dont la mobilité est réduite,… Il faut donc compter les coûts de l’usage de l’automobile ou du transport en commun. À Montréal, la personne doit débourser 5.50$ pour l’aller-retour en autobus. Puis un autre 5.50$ pour retourner le livre à la bibliothèque. La dépense totalise 11.00$. Et il faudra ajouter un autre 5,50$ si le livre désiré n’est pas à la bibliothèque et qu’il faut le faire venir d’une autre succursale, ce qui implique un autre aller-retour à la bibliothèque pour prendre livraison du livre. Le coût total du transport en commun s’élève alors à 16.50$. Et dans le cas d’un déplacement en automobile, il faut ajouter, le cas échéant, le coût du stationnement. Bref, il y a sur Internet des exemplaires numériques pour moins chers accessibles dans le confort de son foyer. Le chroniqueur Steve Proulx doit se rappeler que si l’accès aux bibliothèques publiques est gratuit, encore faut-il assumer les coûts de déplacement.

La population est vieillissante et, à un certain âge, on compte sur tout ce qui peut nous faciliter la vie. Je crois que cela n’est pas étranger au fait que la clientèle de la librairie en ligne JeLis.ca soit majoritairement composée de Baby Boomers, selon Bruno Caron, directeur, Développement Web et Services aux Institutions et Entreprises du Groupe Archambault. Le fait ne me surprend pas car la clientèle de la maison d’édition et de la librairie en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys est également composée majoritairement de Baby Boomers.

Enfin, le jour n’est pas si loin où les bibliothèques publiques ajouteront à leur offre papier le prêt d’exemplaires numériques voire de livres électroniques. Il faut se rappeler que l’espace n’est pas illimité dans nos bibliothèques.

Le livre électronique peut contenir plusieurs livres. À ce sujet, Steve Proulx écrit : «dans la mesure où rares sont les gens qui lisent 100 livres simultanément, l’utilité de traîner avec soi une bibliothèque complète reste à être démontrée.» L’utilité du livre électronique dans le cas où l’on a téléchargé 100 livres numériques saute aux yeux. Où mettre ces 100 livres numériques ? Dans son livre électronique. L’idée n’est pas «de traîner avec soi» mais de conserver et d’avoir à sa disposition les livres de sa bibliothèque numérique. Et puis, qui achètent 100 livres d’un coup, même en format numérique ? Le chroniqueur serait sans doute le premier à dénoncer le livre électronique s’il ne pouvait contenir qu’un seul livre à la fois.

Lorsque la compagnie Apple a annoncé qu’elle travaillait à la conception d’un livre électronique, plusieurs personnes ont cru que ce dernier révolutionnerait le monde du livre comme le baladeur de la compagnie (iPod) et sa boutique de musique en ligne (iTune) avaient révolutionné le monde du disque. Or, les enjeux diffèrent d’un monde à l’autre et Steve Proulx a bien raison de le souligner. L’arrivée de l’iPod et d’iTune a permis la vente des chansons à la pièce mettant ainsi fin à l’obligation d’acheter un album complet pour accéder à une seule chanson.

Mais la comparaison faite par Steve Proulx avec le monde du livre manque de rigueur. Il écrit : «les livres sont vendus “à la pièce” depuis toujours. On n’est pas forcé d’acheter toute l’œuvre d’Agatha Christie si seul Dix Petits Nègres nous intéresse.» Certes, mais qu’en est-il lorsqu’un seul chapitre d’un essai nous intéresse ? On trouve donc sur Internet des distributeurs spécialisés qui peuvent nous vendre un seul chapitre d’un essai. Une offre très pratique dans le milieu scolaire. Mais il n’en demeure pas moins que les enjeux ne sont pas les mêmes, non seulement dans le domaine du disque et celui de la musique, mais aussi d’un appareil à un autre. Les enjeux d’un baladeur musical électronique et d’un livre électronique ne se comparent pas. En réalité, la révolution associée au livre électronique d’Apple se référait à une simple image, celle engendrée par son baladeur musical électronique, et non pas aux propriétés des appareils et des offres en ligne comme le fait le chroniqueur Steve Proulx.

Il faut porter aux détails une attention spéciale pour se faire une opinion éclairée (ou éclairer les autres). Selon Steve Proulx, le seul avantage du livre électronique est la possibilité de lire dans le noir. C’est faux à l’exception du livre électronique d’Apple.

En premier lieu, il faut savoir que l’appareil lancé par Apple permet la lecture de livres numériques mais cette propriété n’est que l’une des options offertes. Autrement dit, le iPad d’Apple n’est pas un livre électronique comme le sont les précédents. Les autres livres électroniques offrent uniquement des options liées à la lecture et au téléchargement de livres numériques. Dans le cas d’Apple, il faut parler davantage d’une tablette de lecture voire d’un ordinateur portable, à la différence près qu’on ne peut pas opérer plusieurs logiciels à la fois. D’ailleurs, dans sa publicité de l’iPad, Apple ne parle pas de lecture de livre et de livre électronique proprement dit mais de lecture de texte et affiche une page de journal.

Le grand écran Multi-Touch d’iPad vous permet de visualiser les pages web comme elles doivent l’être : une page entière à la fois. Avec des couleurs éclatantes et un texte d’une extrême précision. Que vous consultiez alors une page en mode portrait ou en mode paysage, tout s’affichera dans un format totalement lisible. Avec iPad, la navigation sur le Web n’a jamais été plus facile, ni plus intuitive. Pourquoi ? Parce que vous utilisez le dispositif de pointage le plus naturel qui soit : votre doigt. Vous pouvez parcourir une page en effleurant l’écran vers le haut ou vers le bas ou pincer l’écran avec deux doigts pour zoomer dans une photo. Une vue par vignettes affiche également toutes vos pages ouvertes sous forme de grille, pour vous permettre de passer plus rapidement de l’une à l’autre.

Publicité Apple

Le lancement de l’appareil la semaine dernière aurait dû inspirer nos chroniqueurs papier à réajuster le tir puisqu’il ne s’agit pas d’un livre électronique mais d’une tablette de lecture. On peut y lire un livre mais ce n’est pas la fonction principale de l’appareil. L’iPad ne peut donc pas engendrer une révolution dans le monde du livre électronique puisqu’il n’en est pas un. Encore un manque de rigueur déployé au sein de la population par un chroniqueur papier. Car lorsque Steve Proulx écrit «Ceci n’est pas une révolution», il parle des livres électroniques en référence à un appareil qui n’en est pas un. Le titre aurait dû être : «Ceci n’est pas un livre électronique».

L’appareil d’Apple permet de lire dans le noir parce qu’il «dispose d’un écran IPS rétroéclairé par LED» (Source) L’appareil génère son propre éclairage. Dans le cas d’un livre électronique, on utilise plutôt un écran à base d’encre électronique. Le livre électronique ne génère pas sa propre lumière. Tout comme le livre papier, il fait appel à la lumière ambiante. Le chroniqueur Steve Proulx commet donc une erreur en écrivant que le seul avantage du livre électronique est la possibilité de lire dans le noir. On appelle cela de la généralisation à outrance. Manque de rigueur, quand tu nous tiens.

* * *

Personnellement, je crois que les opinions de plusieurs des chroniqueurs de nos médias écrits sont biaisées par le PAPIER lorsque le temps vient d’aborder des sujets numériques.

» Article initialement publié sur Le monde du livre sur Internet, le magazine en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys

» Photo d’illustration pixpoils sur Flickr

>e magazine en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys

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Grand prix littéraire du Web : si Goncourt m’était blogué http://owni.fr/2009/11/06/grand-prix-litteraire-du-web-goncourt-renaudot-flore/ http://owni.fr/2009/11/06/grand-prix-litteraire-du-web-goncourt-renaudot-flore/#comments Fri, 06 Nov 2009 09:38:55 +0000 Abeline Majorel http://owni.fr/?p=5257 Après Michon et en même temps que NDiaye, Beigbeder vient de recevoir un prix littéraire prestigieux : le Renaudot. La saison des récompenses est donc bel et bien entamée. La surprise ne vient ni des auteurs primés ( ce que certains méritent ) ni de leurs éditeurs : Galligraseuil a encore frappé. Les prix les plus prestigieux attribués, il reste aux auteurs les sessions de rattrapage si l’on peut le dire ainsi : Décembre qui vient d être attribué à Jean Philippe Toussaint, Interallié, Flore à Libérati, l’amateur de capot de voiture ami de Beigbeder et autres. Dans les 659 ouvrages de cette rentrée littéraire, ce sont les 20 mêmes que l’on retrouve sur toutes les listes. Ils seront bien placés sur les tables de libraire, achetés, commentés. Mais les autres ?

Les autres auront le prix que les libraires et le public voudront bien leur donner, cette reconnaissance par la vente et le bouche à oreille qu’a eu Muriel Barbery l’année dernière. Et sans doute, est ce le plus beau prix pour un auteur, que d’être offert, prêté, commenté par une communauté d’afficionados.

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C’est dans cet esprit que nous avons oeuvré à récompenser trois auteurs, dans les catégories que sont le roman français, le roman étranger et le premier roman. Dans un esprit de partage entre amateurs amoureux des mots, dans l’idée de recommander à nos amis, qui comme nous se passionnent ou travaillent dans le monde du livre, et surtout des mots, un auteur qui n’aura peut être pas eu l’écho qu’à sa lecture nous lui aurions intimement souhaité. L’esprit d’un prix tient à son fonctionnement et le nôtre est démocratique et transparent. La sélection des 15 ouvrages dans lesquels un jury de grands lecteurs devra choisir les trois gagnants s’est faite statistiquement et démocratiquement par vote sur notre site. Les Grands Lecteurs ont été choisi parmi les plus participatifs et les plus représentatifs des acteurs du livre ( bloggeurs autant que libraires), aucun que l’on puisse taxer de lien de connivence, si ce n’est la complicité d’un lecteur avec un autre.

Vous me direz, pourquoi notre sélection est différente des autres et pourquoi le web, comme support de ce prix ? Parce que notre sélection est celle d’une large communauté de lecteurs, aussi large et diverse que le web littéraire, dépassant donc le périphérique et les querelles de chapelle stylistique. Parce que nous avons réussi un défi qu’aucun autre média que le web pouvait permettre : chroniquer, et ainsi offrir le choix à tous de découvrir, une majorité des romans de la rentrée littéraire. Chroniques de la rentrée littéraire a réuni 200 bloggeurs, 200 experts en objets aimés, en fusionnant sur une même plateforme, des bloggeurs amateurs provenant d’Ulike, ou Babelio, des bibliothécaires de Chermedia, des amateurs éclairés ou des journalistes et libraires, le tout avec l’aide active de Silicon Sentier et 22mars. Ces 200 participants ont chroniqué les quelques 300 romans que les éditeurs partenaires ( et je dis partenaire à dessein, car certains d’entre eux nous ont refusé de beurrer fraichement nos chroniques à leur couleur, si vous voyez de qui je veux parler). Nous avons ainsi pu découvrir des auteurs, des ouvrages dont aucun autre media n’a parlé ou confirmer la bonne impression qu’une critique-presse nous avez donné. Tous ont été lus et commentés. Tous ont été traités avec la justesse et la passion qui anime tous les véritables lecteurs. Enfin, nous tenons à récompenser un de ceux qui, par gout de la littérature, s’est jeté dans ce défi et a pris le temps et fait l’effort de lire, rechercher, chroniquer et finalement , transmettre son sentiment, son analyse sur un ouvrage : le chroniqueur, celui qu’on ne prime jamais mais qui est le véritable passeur du message d’amour des romans.

Le 10 novembre sera donc l’apogée de cette aventure avec la remise du premier Grand Prix Littéraire du Web, la fête d’une véritable réussite communautaire. Nous vous offrirons les chroniques des 3 romans primés pour vous faire partager notre engouement. Bien sûr, vous pouvez découvrir les 300 autres sur notre site, et les prochains, ceux de la rentrée de janvier, car ce défi est fait pour continuer … avec votre aide si vous le voulez ;-)

[disclaimer] Owni est partenaire de l’évènement, et espère vous y voir nombreux /-)

» Téléchargez l’invitation à la soirée de remise des prix animée par David Abiker

» Le site Chroniques de la rentrée littéraire

» La présentation du Grand Prix avec les liens vers les chroniques des nominés

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